La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, et le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, ont présenté le 9 juillet dernier un plan d’urgence engrais.
Ce plan vise à contrer la flambée des coûts des engrais provoquée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, afin de sécuriser les semis d’hiver et éviter un blocage des achats d’engrais ou des difficultés logistiques.
Le dispositif d’aide d’urgence
Le gouvernement débloque une enveloppe globale de 145 millions d’euros (combinant des aides européennes à hauteur de 107 millions et des crédits nationaux pour le reste).
L’objectif de cette aide est de :
- Inciter les agriculteurs à ne pas repousser leurs achats pour sécuriser les semis d’hiver dans de meilleures conditions.
- Éviter un goulot d’étranglement logistique, ainsi qu’une nouvelle envolée des prix en fin d’année.
Les modalités d’attribution précisées par FranceAgriMer se déclinent ainsi :
🔸 La période d’achat éligible que vous devez respecter
Les factures d’achat d’engrais doivent être datées et acquittées entre le 1er juin 2026 et le 30 septembre 2026.
🔸 Le montant de l’aide que vous pouvez percevoir et les plafonds
Le montant unitaire de l’aide est différencié selon le poids de l’engrais dans les charges de l’exploitation :
- Cas général : une aide de 50 € par tonne d’engrais azotés simples (solution azotée, urée, ammonitrate et autres engrais azotés simples, sans phosphore ou potasse), plafonnée à hauteur de la moitié de la consommation réelle de l’année 2025 de l’exploitation.
- Cas particulier : l’aide est portée à 70 € par tonne pour les agriculteurs dont les dépenses d’engrais représentent plus de 10 % de leurs charges d’exploitation.
La ministre de l’Agriculture a précisé également qu’un plancher de 750 € d’aide par exploitation serai appliqué pour concentrer le soutien sur les exploitations pour lesquelles l’enjeu est le plus fort. Aucune aide ne sera versée en dessous de ce montant minimum.
Deux exemples pour mieux vous situer :
1️⃣ Une exploitation qui aurait acheté 28 tonnes d’engrais azotés simples en 2025 (année civile ou dernier exercice clos en 2025) ne peut être aidée que sur 14 tonnes achetées entre le 1er juin et le 30 septembre 2026 (plafond de 50 %), soit une aide de 14 t x 50 € = 0 € (en dessous du plancher de 750 €).
2️⃣ Une exploitation qui aurait acheté 24 tonnes d’engrais azotés simples en 2025 ne peut être aidée que sur 12 tonnes achetées entre le 1er juin et le 30 septembre 2026 (plafond de 50 %). Elle bénéficie de la majoration de l’aide, car dans son compte de résultat 2025, les charges d’engrais représentent plus de 10 % de ses charges d’exploitation. Dans ce cas, le montant de l’aide sera de 12 t x 70 € = 840 € (au dessus du plancher de 750 €).
⚠️ À noter :
- Ce dispositif porte sur les achats d’engrais réalisés habituellement pour les semis de cultures d’automne. Les producteurs dont la surface en cultures de printemps est importante se voient donc pénalisés ou sont contraints d’anticiper leurs achats entre juin et septembre.
- Cette aide porte sur les engrais azotés simples et ne couvre donc pas les achats de potasse ou de phosphate, dont les prix ont moins augmenté que celui de l’azote.
- Seuls les achats d’engrais facturés et payés seront aidés. N’hésitez pas à anticiper auprès de votre fournisseur d’engrais l’envoi des factures d’ici le 30 septembre.
La stratégie durable envisagée par le gouvernement d’ici 2030
Au-delà de l’aide financière directe, le plan annoncé par les ministres s’articule autour d’une stratégie durable de souveraineté pour réduire la dépendance française aux importations d’engrais à base d’énergie fossile.
🔸 Produire plus d’engrais en France (et moins carbonés)
Un plan d’investissement public-privé de 2 milliards d’euros sur 10 ans est mis en œuvre pour moderniser les usines françaises et augmenter de 20 % la production nationale d’engrais décarbonés d’ici 2032.
🔸 Développer les alternatives organiques
Une valorisation des ressources organiques avec pour objectifs en 2030 de 80 % de fosses couvertes pour les effluents liquides de porcs et de bovins, et l’enfouissement rapide de 20 % des solutions azotées et de 30 % de l’urée.
🔸 Améliorer l’utilisation des engrais et développer les surfaces en légumineuses
Un renforcement de l’utilisation d’outils d’aide à la décision (bilan azotés à la parcelle, analyses de sols, etc) et un objectif de 2,7 millions d’hectares de légumineuses en 2030.
Des questions, un conseil ?
À partir du 1er août 2026, lorsque le site de FranceAgriMer sera ouvert, vous pourrez déposer votre télédéclaration. Nos conseillers Cerfrance seront à vos côtés pour vérifier votre éligibilité, calculer le montant prévisionnel de votre aide et vous accompagner dans le dépôt de votre dossier.
✏️ Pierre Chambard – Chargé d’études économiques chez Cerfrance Mayenne – Sarthe