Retour d’expérience d’agriculteurs : comment un couvert de légumineuses à haute densité a augmenté le rendement du maïs tout en réduisant les engrais ?
L’agriculture doit faire face à plusieurs défis. Parmi eux, maintenir sa viabilité économique face à des prix de marché incertains et à des événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents. Dans un même temps, le secteur agricole doit respecter les exigences environnementales.
Dans ce contexte, il est donc nécessaire de construire des systèmes de culture plus robustes, s’appuyant sur la fertilité des sols. La mise au point de ces systèmes se base entre autres sur les couverts végétaux à haute densité en légumineuses.
Pour être capable de proposer des solutions techniques, notre équipe d’agronomes met en place des expérimentations avec les agriculteurs.
Découvrez l’essai mené sur une exploitation agricole en Sarthe, un cas concret qui prouve que l’agronomie est un investissement !
Les résultats en chiffres
+ 14 quintaux / hectare : c’est le gain de rendement moyen sur le maïs grain obtenu grâce à un couvert de légumineuses à haute densité.
– 50 % d’azote minéral : c’est la réduction d’engrais possible sans perte de rendement.
+ 220 € / hectare : c’est le gain net de marge brute réalisé par rapport à la pratique dite «classique». Pour réaliser ce résultat, il a été réalisé un couvert de moutarde et une dose d’azote de 180 unités.
Ces essais ont été réalisés avec la participation financière du Syndicat Intercommunal de Distribution et de Production D’eau Potable (S.I.D.P.E.P)
Le défi de l’expérimentation : protéger l’eau sans pénaliser la culture du maïs
Cet essai a été conduit sur le captage de Pentvert, en Sarthe, qui présente des teneurs élevées en nitrates (90 mg/L). Il a pour objectif d’évaluer si des couverts à forte densité de légumineuses peuvent simultanément :
- limiter la lixiviation (la fuite de l’azote dans les eaux souterraines) des nitrates,
- fertiliser la culture suivante (maïs grain),
- et maintenir ou améliorer les rendements.
Traditionnellement, on utilise des cultures intermédiaires pièges à nitrates (CIPAN) comme la moutarde. Mais si la moutarde excelle pour recycler l’azote rapidement en automne, elle peut pénaliser la remobilisation de l’azote pour la culture du maïs à cause de son indicateur carbone sur azote (C/N) souvent trop élevé.
La démarche de nos agronomes Cerfrance
Il faut remplacer les couverts à faible proportion ou sans légumineuses par un mélange composé majoritairement de légumineuses (féverole, trèfle, vesce).
→ Pourquoi choisir ce mélange ? Parce que les légumineuses sont capables d’utiliser l’azote déjà présent dans le sol, mais aussi de fixer naturellement l’azote de l’air (80 à 90 % de leur azote total) pour le restituer en partie à la culture suivante.
Comment stimuler la biologie grâce à un couvert de légumineuses à haute densité ?
Pour vérifier cette hypothèse, un dispositif rigoureux en 4 blocs a été mis en place chez l’agriculteur sarthois. Plusieurs modalités ont été comparées, notamment un sol nu (témoin), une moutarde, et un couvert de légumineuses testé à deux niveaux : densité standard (LEG D1) et haute densité (LEG D2.5), soit 2,5 fois la dose de semis habituelle.
Semé le 4 septembre 2024, à 5 cm de profondeur à l’aide d’un semoir à dents fines auto-construit, le couvert haute densité avait pour objectif de maximiser le recyclage d’éléments minéraux et la fixation d’azote inorganique. Pour cela l’exploration du sol par le système racinaire et la biomasse du couvert (la quantité de matière végétale produite) doit être maximale.
Le décryptage de l’agronome : qu’est-ce que le Priming Effect ?
Lors de l’essai, nos agronomes ont constaté une explosion de la biomasse du trèfle à partir de mars (+ 2.5 fois supérieure en haute densité). Ce phénomène s’expliquerait par un Priming Effect (ou effet d’amorçage). En effet, la forte densité de racines stimule intensément l’activité biologique du sol via la production d’exsudats racinaires.
→ Quel est le résultat obtenu ? Les micro-organismes du sol s’activent et solubilisent les éléments minéraux absorbés par la culture suivante, comme le phosphore. De plus, d’après le professeur Thierry Tétu, à haute densité le CO2 provenant du sol est piégé sous la canopée, ce qui permet de renforcer la fixation de CO2, élément majeur de la photosynthèse et donc de l’acquisition de biomasse. Les racines travaillent littéralement à notre place.
Les résultats de l’essai : quel gain économique réel sur le maïs ?
Les mesures effectuées par nos agronomes tout au long de la campagne ont permis de constater :
1. Une barrière anti-fuite ultra-efficace tout l’hiver
Les reliquats azotés montrent qu’en fin d’hiver et au printemps, la moutarde ne recyclait plus l’azote. À l’inverse, les légumineuses en haute densité ont continué à se développer et à piéger l’azote tardivement.
En résumé, les couverts dense en légumineuses semblent protéger la qualité de l’eau tout aussi bien, voire mieux, que la moutarde.
2. Un rendement maïs «déplafonné»
C’est la surprise de l’essai, car la dose de fertilisation azotée minérale apportée sur le maïs n’a pas eu d’impact significatif sur le rendement. En revanche, l’effet du couvert a été spectaculaire. Le maïs semé derrière le couvert de légumineuses haute densité (LEG D2.5) a produit 14 quintaux de plus par hectare en moyenne par rapport aux autres modalités. Le maïs a pu s’alimenter plus longtemps et plus régulièrement grâce à la dégradation progressive du couvert.
3. Une rentabilité économique au rendez-vous
Certes, le coût de la semence du super-couvert haute densité est plus élevé : 119 €/ha pour la haute densité contre seulement 22 €/ha pour la moutarde. Mais le calcul de la marge brute partielle (le gain réel une fois avoir déduit les coûts de semences, d’engrais et de séchage du grain) est sans appel :
- La conduite classique dégage 1 233 €/ha. Elle consiste à mettre un couvert de moutarde et une dose pleine d’azote (180 unités).
- La conduite optimisée Cerfrance grimpe à 1 452 €/ha, elle permet donc de générer la meilleure marge. Celle-ci comprend un couvert LEG D2.5 + une dose réduite de moitié (ici 90 unités d’azote seulement).
Le gain net est de 220 € de plus par hectare pour l’agriculteur ! Même la modalité «zéro azote minéral», derrière ce grand couvert, fait mieux que la pratique classique, avec un gain de 191 €/ha.
Passer à la pratique : l’accompagnement Cerfrance pour votre exploitation
Ces conclusions très prometteuses demandent bien sûr à être validées dans d’autres conditions de sols et de climats. C’est pourquoi cet essai est reconduit pour la campagne 2025-2026, afin de sécuriser davantage nos références.
Notre conseil
Pour réussir, plusieurs critères sont essentiels et ne s’improvisent pas :
- Le choix des espèces de couverts et des variétés ;
- Le calcul de la dose de fertilisation à reporter sur la culture suivante ;
- La gestion de la date de destruction.
Notre équipe d’agronomes est à votre disposition pour adapter ces innovations à votre système de production. Nos 6 conseillers en agronomie vous accompagne avec une méthode globale et indépendante pour remettre le sol au centre de votre réussite. Contactez dès aujourd’hui votre conseiller Cerfrance ou notre service agronomie !
✏️Guillaume Lecuyer – Agronome chez Cerfrance Mayenne – Sarthe
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